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Evénement / Débat
Éthique professionnelle | Régulation des médias

Un pas supplémentaire vers une charte et une instance d’éthique

L’APCP aux 3ème Assises internationales du journalisme et de l’information

par Yves Agnès

S’il faut résumer en quelques phrases – du point de vue de notre combat pour plus de qualité et plus d’éthique dans l’information destinée aux citoyens – trois points se dégagent.

Le public a enfin droit de cité dans les débats professionnels.

Un code déontologique pour tous, c’est désormais possible.

Pour créer une instance d’éthique et de médiation, il faudra vaincre les résistances de nombreux dirigeants de presse, arc-boutés sur une vision de l’information limitée à chaque entreprise, sans tenir compte de la réalité du système médiatique et du vécu des publics.

Strasbourg (5-9 octobre 2009)

Quatre ateliers de ces Assises 2009 concernaient plus particulièrement l’APCP : « Une charte de déontologie en 2010 ? » « Fier d’être journaliste, que certifie la carte de presse ? » « Journalistes – patrons de presse : pourquoi tant de haine ? » « Quelle médiation entre les journalistes et leur public ? »

Le public bouscule les corporatismes

Dans les ateliers, la place nécessaire du public au sein de chaque dispositif de régulation, de médiation, de veille déontologique a été (enfin) clairement affirmé et réaffirmé.

Les sociétés de journalistes (par la voix de Jean-Michel Dumay, Le Monde) ont exprimé leur accord pour que le public « ait sa place dans tout dispositif ». Le SNJ (Dominique Pradalié, France 2) dit qu’il faut « reprendre l’initiative par rapport au rôle et à la place du public dans un dispositif déontologique. On passe un contrat avec le public ». Le SNJ se déclare favorable à une forme de commission chargée de « faire vivre la charte » et dans laquelle le public serait présent ( « c’est ouvert »).

L’adoption d’une charte, bien qu’insuffisante, est « un geste spectaculaire vis-à-vis du public » (Jacques Morandat, FFAP). Il faut faire triompher « le droit du public à être correctement informé » (Jean-Luc Martin-Lagardette, APCP). En conclusion de l’atelier « carte de presse », l’animateur Amaury de Rochegonde (Stratégies) : « Le tiers gagnant : le public ». Et Loïc Hervouet, dans ses conclusions de l’atelier « médiation », met en avant la nécessité « d’associer le public à toutes ces demandes de médiation », qu’elles soient locales par entreprise ou nationales.

L’organisation sur place d’une première rencontre de l’association « Information et citoyenneté » (issue des organisations d’éducation populaire laïques, mais désireuse de s’élargir), suivie d’une intervention claire et volontariste de Christine Menzaghi (Ligue de l’enseignement) à l’atelier « médiation », a montré d’autre part que certains, dans la société civile, pensent qu’il est temps « d’organiser le public pour qu’il soit représenté », d’avoir des « espaces institués de dialogue » (Christian Gautellier, CEMEA), à commencer par l’association elle-même, avec les médiateurs des médias, au sein des conseils économiques et sociaux régionaux, etc.

La place prise dans les débats par les nouveaux médias professionnels d’information sur Internet (type Rue89), amenant un rapport nouveau et exigeant entre le journaliste et ses lecteurs-internautes, démontre par ailleurs, s’il en était besoin, qu’ignorer le public est désormais une vision passéiste, étroitement corporatiste et promise à l’inefficacité.

Enfin, la question a été soulevée dans plusieurs débats de la primauté du rapport au public sur la sujétion à l’employeur, primauté soutenue dans la Charte de Munich (1971) et qui inspire divers textes européens.

Un code de déontologie : le consensus est possible

Code, charte, texte de référence éthique… un consensus s’est dégagé dans l’atelier ad hoc… en l’absence il est vrai de représentants des éditeurs, à l’exception de Jacques Morandat.

Le « Comité des sages » (onze personnes, présidé par Bruno Frappat, issu des Etats généraux de la presse écrite) aura bientôt mis au point son avant-projet. Ce texte court s’articulera autour des têtes de chapitre de la « Charte qualité de l’information », elle-même concoctée à partir de la charte de Munich : le métier de journaliste, le recueil et le traitement de l’information, le respect dû aux personnes, l’indépendance des journalistes. Au sein du comité, un consensus paraît s’être fait pour impliquer l’ensemble de la chaîne de fabrication intellectuelle : éditeur, hiérarchie rédactionnelle, journalistes.

Ce texte sera ensuite remis entre les mains des partenaires sociaux. C’est là que tout se jouera, sous la pression des pouvoirs publics qui semblent décidés à ce que le processus arrive à son terme, comme en témoigne l’allocution vidéo du ministre de la culture et de la communication le 8 octobre (voir le site journalisme.com). On a pu observer aux Assises deux écueils et une ouverture… vers un « conseil de presse ».

Premier écueil : le risque de surenchère syndicale du côté des journalistes, notamment de la part de la CFDT. Celle-ci réclame des « droits » dans un texte de référence déontologique, qui ne constitue par nature qu’un énoncé des devoirs (cf charte 1918). Elle demande en particulier un « droit de retrait », sorte de clause de conscience permanente du journaliste si on veut lui imposer un acte contraire aux bonnes pratiques.

Second écueil : les résistances sont encore fortes du côté des patrons. Leur participation aux Assises était peu consistante, en dehors de quelques intervenants des tribunes. Les propos de Marc Feuillée (groupe L’Express-Roularta) ou de Christophe Victor (groupe Le Figaro), lors de l’atelier « Pourquoi tant de haine ? » – et même d’Alain Boulonne (ex L’Yonne républicaine, ex président de la FNPF, membre du Comité des sages) – témoignent d’une volonté toujours vivace de restreindre toutes les questions au niveau de chaque entreprise de presse. Les syndicats de journalistes s’attendent à un dialogue « musclé »…

Les négociateurs resteront-ils dans la culture du conflit chère à la France ou opteront-ils pour celle du compromis et de la recherche du bien commun ? Il faut le souhaiter.

Une ouverture : le débat sur la charte de déontologie après l’exposé sur les travaux du Comité des sages a largement tourné autour de la nécessité d’un suivi, d’une instance, d’un « conseil de presse », d’une « commission », de « quelque chose »… pour assurer la veille sur les pratiques professionnelles et le respect des principes défins par le code. Large consensus sur ce point, confirmé dans les autres ateliers.

Au final, non seulement l’adoption d’un texte paraît possible – surtout si les pouvoirs publics font pression – mais il semble que la question sera posée (et pas seulement par la FFAP), si possible dans le texte lui-même, d’un organisme chargé de l’application de la charte.

Instance d’éthique et de médiation : une avancée insuffisante

Il résulte de ce qui précède que, aux Assises du moins, le conseil de presse ou l’instance d’éthique et de médiation, la nécessaire autorégulation des médias, sont dans les esprits. C’est une avancée de plus, qui montre que notre travail a porté des fruits et qui conforte les orientations de l’Assemblée générale de l’APCP du 17 septembre 2009. Mais c’est encore très insuffisant.

Nous sommes ainsi encouragés à poursuivre notre action, à l’élargir, surtout lorsqu’on entend Philippe Potentini ( Conseil de l’Europe ) : « Un mécanisme dédié (de suivi des questions d’éthique de l’information) est le plus important ; c’est ce qu’on constate partout en Europe ». Ou, comme l’a aussi dit Philippe Merlant ( La Vie, membre fondateur de l’APCP) : « Un texte sans instance, à quoi ça sert ? ».

Le plus difficile sera sans doute de convaincre les employeurs, et il va falloir multiplier nos contacts, en essayant de les appuyer (à travers nos propres adhérents et nos amis) par des représentants des « publics », de la société civile.

Nous aurons besoin de nous mettre aussi au clair avec les syndicats de journalistes : la perspective d’une instance (et doit-elle ou non être rattachée à la CCIJP ?), ses contours, son rôle, restent encore très flous dans ces organisations.

Enfin, on n’a pas entendu les politiques sur ces questions (en dehors d’un quadruple témoignage sur les mauvais rapports entre responsables politiques et journalistes politiques : Clémentine Autain Jean-Marie Cavada, Jean-Luc Mélenchon, Catherine Trautmann). Volontairement, les débats des Assises depuis 2007 sont restés largement circonscrits à la profession. En ce qui nous concerne à l’APCP, comme nous en avons débattu lors de notre dernière assemblée générale, il nous faut passer à l’action de ce côté.

En tout cas, le passage du discours (transmis par vidéo à Strasbourg le soir du 8 septembre) de Frédéric Mitterrand sur « la défense des valeurs du journalisme » peut nous aider à rester optimistes : « L’Etat a souhaité que la profession s’organise pour rédiger elle-même un code déontologique. Je m’emploierai résolument à ce qu’il puisse être reconnu et appliqué rapidement par toute la profession ».

Yves Agnès

Date de publication 13 octobre 2009
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