Alliance Internationale de Journalistes
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Evénement / Débat
Exercice du métier

« Responsabilité des Médias et droits de l’homme »

Synthèse de la table ronde organisée par l’alliance internationale de journalistes, Nantes, jeudi 13 juillet 2006

par Manola Gardez

Comment rendre compte des propositions de partis politiques extrémistes autorisés sans émettre de jugement ? Comment rendre compte d’émeutes en banlieue sans en attiser la violence ? Comment rendre compte des enjeux globaux de la planète sans perdre de vue les préoccupations concrètes de chacun ? Comment rendre compte d’un conflit social sans exposer ses protagonistes à des mesures de rétorsion ? Comment dénoncer les atteintes à la liberté d’expression sans en être victime à son tour ?...

Les différents intervenants à la table ronde et le public ont tenté, pendant 3 heures, d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions fondamentales qui relèvent du droit d’informer et d’être informé. L’alliance internationale de journalistes, organisatrice de cette matinée d’atelier, a mis en pratique ces préoccupations constructives en orientant le débat vers la présentation de propositions concrètes.

Journalistes, des acteurs parmi d’autres…

Il ressort clairement que les journalistes doivent assumer leur rôle d’acteur social, politique, économique, culturel. Le mythe de l’observateur neutre, solitaire et inconséquent ne peut plus tenir. Le droit à l’information doit interpeller chaque membre d’une société, en tant qu’individu ou collectif.

Daniel Wermus (journaliste suisse, fondateur de l’agence de presse « Infosud ») :« Les médias en théorie devraient être objectifs. Dans la réalité, ils sont « partie prenante » et c’est normal. Notre but est de favoriser voire d’obliger les confrontations et les propositions de solutions. » En allant plus loin, il présente les étapes d’une démarche de « journaliste-acteur » (statut qu’il revendique pour lui-même) : faire connaître les enjeux réels ; interpeller les responsables, mettre en rapport ceux qui subissent et ceux qui font subir pour qu’ils recherchent ensemble des solutions.

Marie-Sylvie Bitarelle (rédactrice en chef de « Télénantes ») s’interroge sur le paradoxe qui consiste à la fois à devoir rendre compte d’événements sociaux et à mettre en danger ses protagonistes par la simple diffusion de leur image : « Quelle est notre responsabilité ? Comment protéger les gens que nous filmons alors même qu’ils sont volontaires ? » Elle continue ses interrogations : faut-il systématiquement prévenir les gens filmés des risques qu’ils encourent ? Faut-il leur garantir l’anonymat en cachant leur visage ? Faut-il ne plus filmer que des foules pour éviter de reconnaître une personne en particulier ?

Lionel Cort (rédacteur en chef adjoint à France 3 Nantes) décrit les réactions de ses journalistes marseillais quand ils devaient couvrir les actions du Front National. « Le journaliste ne veut pas y aller, il veut leur rentrer dedans ou il veut banaliser. Nous ne devons pas oublier que nous, journalistes, nous ne sommes pas élus et n’avons aucune légitimité à donner notre avis. » A l’époque, en 1995, une position commune à l’ensemble de la rédaction a été trouvée : se référer systématiquement au droit, ce qui élimine les reportages sur les effets d’annonce susceptibles d’être anticonstitutionnels ou d’être mis en cause par la justice. Le journaliste n’est pas un chevalier blanc ; la meilleure façon de remplir sa mission est de rester dans le cadre professionnel sans se laisser attirer sur le champ de l’émotion.

Pour Siddhartha (éditorialiste dans le quotidien de référence indien « The Hindu ») le journaliste doit aller encore plus loin en devenant médiateur entre les citoyens et les décideurs politico-économiques. Les professionnels de l’information doivent analyser les faits et ne pas se contenter de les relater.

Nathalie Dollé (journaliste à France 3 national) relève la difficulté générale des reporters à travailler en banlieue, par manque de connaissance de cet espace urbain, politique, économique, culturel, par manque de contacts précis, par un manque profond d’anticipation et d’intérêt. Ce qui ne doit pas entraîner la décision de ne plus faire travailler « en banlieue » que des journalistes « issus de la banlieue ou de l’immigration » ni celle de payer des « accompagnateurs locaux. »

Guénaël Cappé (correspondant de Reporters Sans Frontière dans l’Ouest) rappelle qu’il ne peut exister de société libre sans journaliste libre. La liberté d’expression est un pilier démocratique.

Dans la salle, les interventions du public réclament « davantage d’information positive », « moins d’enfermement communautaire des médias qui sacrifient le bien public à des intérêts privés », « plus de complexité et moins d’approche binaire », « plus de travail sur les causes et moins de superficialité », « plus d’espace pour la pensée et les actions de la société civile en tant que telle »…

Les propositions concrètes :

- Aller travailler dans les lieux difficiles avant que des événements dramatiques ne s’y produisent et y créer des réseaux. -Répandre les formations en droit pour les journalistes. -Mettre à disposition des rédactions des juristes qui peuvent répondre très vite.
- Développer les espaces de veille et de travail « mixtes » entre société civile et journalistes.
- Rechercher des processus interactifs pour élaborer en commun (média, politiques, société civile…) des solutions concrètes à des problèmes concrets.
- Interpeller les décideurs pour qu’ils garantissent les droits de presse à travailler et au public d’être informé.
- Recourir plus systématiquement aux médiateurs de presse.

Si les droits humains représentent un thème, un contenu pour les journalistes, ceux-ci peuvent aussi inclure ces préoccupations dans la manière de pratiquer leur métier. Ces droits et responsabilités collectifs ne peuvent pas être assumés exclusivement par les journalistes, quelle que soit leur bonne volonté. Les libertés d’informer et d’être informé relèvent d’acteurs divers et complémentaires qui ne pourront les défendre qu’en travaillant de concert. Il faut donc apprendre à se forger une culture commune et accepter les regards, les critiques et interventions exogènes au métier.

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Co-régulation démocratique

Lire le CR intégral de l’atelier en document joint.

Date de publication 3 avril 2007
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