Alliance Internationale de Journalistes
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Evénement / Débat
Exercice du métier

Les "Assises Internationales du Journalisme" ou le frémissement des journalistes français

par Nathalie Dollé

Environ 37 000 journalistes travaillent dans les médias français aux réalités et aux contours très divers : presse écrite, radio, télé, trilogie à laquelle il convient d’ajouter aujourd’hui le Net et puis la fragmentation entre presse locale, régionale, nationale ou internationale ; la presse d’opinion ou/et d’information, la presse payante ou gratuite, la presse privée ou de secteur public, la presse technique ou de loisirs, la presse magazine aux innombrables « niches » et la presse d’intérêt général…

Une partie de cette presse est en « crise », l’ensemble est en évolution rapide, profonde et déstabilisatrice.

Les « Assises Internationales du Journalisme » qui se sont tenues les 7, 8 et 9 mars 2007 dans le nord de la France ont pour ambition de créer un espace de réflexions et d’échanges sur une profession en vertigineuse mutation. L’alliance internationale de journalistes s’est engagée comme moteur de cette dynamique avec les 11 écoles de journalisme reconnues en France, les principaux syndicats et associations professionnelles.

Selon les organisateurs de ces trois journées, 800 personnes ont participé aux débats, quelques « pointures » et « célébrités », juste assez finalement pour rendre le dialogue possible avec les très nombreux étudiants en journalisme. A Lille et à Arras, les rêves et les doutes, les envies et les contraintes, les interrogations et quelques certitudes se sont entrechoqués, pour le plus grand bien de tout le monde. La fameuse « transmission d’un métier », au-delà de l’urgence de la production, pourrait à terme être facilitée par ce genre de rencontre régulière. Essentiellement conçus pour les journalistes, les « ateliers » du matin ont abordés des thèmes aussi variés que la formation, le genre documentaire ou le travail en zone de conflits. Les débats de l’après-midi ont soulevé des questions telles que l’état d’urgence de la presse d’information nationale ou le prix à payer pour être informé. Quelques événements ponctuels ont rythmé les Assises : un sondage « baromètre » sur le moral des journalistes ou la présentation de la fondation « média et citoyenneté ». Des journalistes étrangers ont présenté les problématiques de la presse en Inde et en Pologne ; deux prix littéraires ont été décernés (1) ; des « soirées-citoyennes » ont fait se rencontrer pour quelques heures des professionnels et du public sur « quelle information politique voulons-nous ? » ou encore « qu’attendez-vous de nous ? »…

Cette première édition, incertaine et ambitieuse a comblé un espace.

Une intuition confirmée

Ces premières Assises semblent surtout avoir marqué le début d’une volonté « d’action collective ». Une profession en danger paraît brutalement se reconnaître et se mobiliser pour mieux se défendre. Avec des motivations et des niveaux d’implication différents, les journalistes viennent de découvrir la nécessité de réagir, en groupe, de manière constructive et profonde.

Outre son implication dès le lancement du projet dans le Comité des Assises, l’alliance internationale de journalistes a multiplié ses participations, interventions et animations dans les débats. Par ailleurs, la tenue de sa réunion annuelle de coordination internationale a en outre permis à Siddhartha (journaliste de Bangalore, animateur du pôle Asie de l’alliance) d’intervenir avec les journalistes indiens.

L’alliance a, en particulier, pris en charge la préparation d’un atelier qui est rapidement devenu l’un des phares de la manifestation, autour de la question « éthique, déontologie et régulation ». Nous avons, en effet, créé en novembre 2006 l’Association pour la Préfiguration d’un Conseil de Presse en France (voir "Conseil de Presse" dans la rubrique "L’alliance innove"), désireux de lancer une initiative concrète qui aurait le mérite de susciter un débat.

La question d’un conseil de presse en France ne posait jusqu’ici même plus question tant l’immense majorité de la profession reste fermement opposée à toute instance de régulation. Mais nous pensions que le contexte devenait favorable ; et les discours d’ouverture des Assises prononcés par Hervé Bourges (2) et Robert Ménard (3) ont surpris tout le monde par leur appel clair à une telle instance. Notre atelier a été suivi par près de 100 personnes et 8 membres de l’alliance. Vivant, dynamique, équilibré et propositionnel, il a été symboliquement très fort par la cristallisation et l’expression de la première adhésion publique de journalistes sinon à nos « solutions » du moins à notre « thématique » de travail : la responsabilité et devant qui elle doit s’exercer.

Des propositions à suivre

Peut-être que le temps de l’aveuglement, de la souffrance individuelle et de la critique aussi radicale qu’improductive est terminé. C’est Daniel Deloit, directeur de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille qui propose une formation à l’éthique pendant la durée de stage en voie de titularisation de la carte de presse ; c’est Loïc Hervouet, médiateur à RFI qui propose que les médiateurs soient co-désignés par les journalistes du média ; c’est l’Institut Français de Presse qui propose qu’une formation à l’éthique et à la déontologie soit nécessaire pour les « Validations d’Acquis d’Entreprises ». C’est le président du Forum permanent des Sociétés de Journalistes, François Malye, qui affirme haut et fort son intérêt pour une réflexion sur un conseil de presse, précédé par le représentant de la puissante Fédération Française des Agences de Presse, Marc Gruber.

Configuration quasi-inédite, des « journalistes » et des « patrons » s’engagent ensemble dans la recherche d’une information de qualité.

Ce qui s’est passé ne peut que conforter l’alliance dans ses options.

En imaginant l’Association de Préfiguration d’un Conseil de Presse (APCP), nous avons posé un acte, il vient d’être légitimé par les journalistes présents à Lille. Il suffit de lire le communiqué final des Assises pour le constater.

Reste que si une étincelle s’est produite dans le Nord Pas-de-Calais, elle reste modeste et fragile. Il suffit de se reporter au « sondage-baromètre » pour apprendre que les journalistes ne sont a priori guère intéressés par les « questions de responsabilités » en tant que telles.

A définir maintenant comment nous pouvons travailler ensemble pour l’année prochaine et cela commence dès maintenant avec notre participation à la rédaction collective de cette Charte dont la singularité sera d’être reconnue cette fois par les éditeurs. Fidèles à notre engagement constructif, nous définirons également comment l’alliance peut « accompagner » les différentes propositions émises, tout en gardant notre rôle à la fois de pionnier et de metteur en musique.

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(1) PRIX des Assises 2007 « Médiabusiness, le nouvel eldorado » de Danièle Granet et Catherine Lamour, éditions Fayard

PRIX ETRANGER des Assises 2007 « Le journaliste et le meurtrier » de Michael Finkel, éditions Buchet/Chastel

(2) Président de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, ancien président de TF1 privatisée et du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel

(3) Président de l’association « Reporters Sans Frontières »

Date de publication 3 avril 2007
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